Jean-François Bodin

Jean-François Bodin

Il en va des architectes comme des athlètes. Certains se spécialisent ; d’autres défient plusieurs disciplines ; d’autres enfin, choisissent une discipline qui les contient toutes, à l’instar des décathloniens. Ces derniers sont, véritablement, des athlètes complets.
 
Architecte DPLG, ancien élève du CESHCMA et de l’Ecole des Langues Orientales, Jean-François Bodin s’amuse non pas à brouiller les pistes, mais à les multiplier.
 
Urbanisme et architecture, construction et réhabilitation, usines et aéroports, immeubles de bureaux et maisons particulières, musées et galeries d’art, boutiques et espaces paysagés, design et muséographie, scénographie et signalétique… aucun territoire qu’il n’ait exploré, expérimenté, arpenté, pratiqué. Pratiqué avec un égal bonheur, un sens totalement abouti de l’équilibre et de la mesure, une science avérée du moindre détail, un goût parfaitement maîtrisé de la dialectique qui, chez lui, n’oppose aucunement tradition et innovation, classicisme et modernité, mais qui, au contraire, les confronte sans pour autant les affronter, les conjugue sans jamais les délier.
 
Bref, une écriture toute d’élégance et d’intelligence, une attitude toute de modestie et d’ambition, un comportement tout de respect et de vision. C’est sans doute dans le monde de l’art que Jean-François Bodin, architecte complet et collectionneur passionné, aura le plus durablement apposé sa marque.
 
Depuis vingt ans, Bodin aligne les musées comme à la parade. La réhabilitation du Musée National Picasso, du Musée de la Bande Dessinée d'Angoulème, de la Bibliothèque Publique d’Information, du Musée National d’Art Moderne et des espaces d’expositions temporaires du Centre Pompidou en constitue le plus récent exemple. L’ont précédé, entre autres, le Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris, le Musée Matisse à Nice, le Musée Granet à Aix-en-Provence, le Musée de Montmajour en Arles, la Fondation Emile Hugues à Vence, le Musée des Monuments Français (devenu depuis Cité de l’Architecture) à Paris, le Château des Ducs de Bretagne à Nantes, le Musée des Beaux-Arts de Tourcoing, le Musée des Beaux-Arts de Cambrai… Ces musées et autres centres d’art, Jean-François Bodin les réhabilite, les reconvertit, en repense la muséographie et, souvent, leur adjoint une extension contemporaine. Et, une fois ouverts, fréquemment, il y met en scène des expositions à la scénographie tout à la fois sensible, spectaculaire, savante et accessible.
 
Cet amour de l’art, qui le caractérise au plus profond, ressemble fort à un amour du partage. Rendre accessible, justement, est sans doute sa plus grande ambition. Chacune de ces architectures lumineuses en témoigne par son intelligence, sa complexité, sa sensibilité, sa lisibilité, sa simplicité et sa pérennité.
 

Gilles de Bure